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    Batida : 2007-2017, dix ans d’activisme par la musique

    Né en Angola, Pedro Coquenão a grandi dans les banlieues métissées de Lisbonne, où la fusion musicale a nourri les oreilles de son alter ego artistique, Batida. Un nom qui veut dire rythme en portugais, et qui se décline depuis 10 ans sur disque, sur scène et à la radio. Portrait.

    Les étiquettes, il ne les aime pas trop, quelles qu’elles soient. Producteur, beatmaker, documentariste, homme de radio… aucun de ces mots ne décrirait assez précisément le travail de l’artiste luso-angolais Pedro Coquenão aka Batida. « Passeur de cultures » ou « architecte culturel » serait plus pertinent, tant son travail créatif et artistique se donne pour but de révéler, sublimer et explorer la culture angolaise.

    Les spectacles de Batida mélangent beats, mélodies, paroles, danse et vidéos live qui donnent à réfléchir sur la réalité contemporaine d’un Angola post-colonial, plus proche d’un néo-colonialisme que d’une démocratie indépendante. « Cette démocratie nous trompe », affirme celui qui ne se voit pas faire carrière dans le pays qui l’a vu naître. « Il n’est quasiment pas viable de faire de la musique en Angola, à cause de l’organisation du marché et du public trop restreint. Soit tu joues le jeu de la propagande gouvernementale et tu es associé au régime, et tu peux alors vivre de ton art ; soit tu t’y opposes et tu n’as aucune chance de survivre, et dans ce cas tu es obligé de fuir et de rechercher une plus grande liberté, généralement au Portugal. »

    Une décennie d’activisme modeste. 2007-2017 : dix ans. Dix ans que le luso-angolais Pedro traîne donc son alter ego artistique, Batida, entre Lisbonne et Luanda, entre émissions de radio sur les ondes, en ligne, à la télévision, sur scène et dans la rue (Radio Fazuma depuis 2002 puis (This is) Radio Batida depuis 2016), documentaires (É Dreda Ser Angolano, 2007), disques (deux albums sous son nom parus sur Soundway Records), collaborations (un album avec Konono N°1 paru sur Crammed Discs, des travaux avec Ikonoklast et des membres de Buraka Som Sistema…), et spectacles scéniques… Dix ans d’un « activisme » par l’art, une notion que Pedro Coquenão se refuse pourtant à utiliser, voire rejette. « Je ne suis pas suffisamment actif pour me définir comme un activiste, mais je me vois plutôt comme un citoyen d’Angola et du Portugal. » Ce qui ne l’empêche pas de faire passer des livres de philosophie politique en prison à Luanda, pour son ami rappeur Luaty Beirão, poursuivi et persécuté par le régime angolais sans raison valable. « Si le fonctionnaire est dans un bon jour – le Benfica a gagné son match, le soleil brille… – alors tout peut passer. »

    Le kuduro est le punk africain. L’Angola reste une terre de prédilection pour le travail de Batida, tant il reste à faire sur place. En 2007, avec Luaty Beirão, il produit le film documentaire É Dreda Ser Angolano (« C’est cool d’être angolais »), pour montrer la réalité du quotidien des gens du peuple et les musiques produites sur place, en créant une radio factice dont le slogan est « une radio faite par des gens, avec les gens, et pour les gens ». On y entend et on y voit le kuduro originel, cette musique et danse que les banlieues pauvres de Luanda – les musseques – ont inventées pour lutter contre la misère. Pedro Coquenão y voit une réminiscence du hip-hop et de punk du New York des années 1970 : « la façon d’organiser les fêtes, de graver des CDs pirates et de se les passer de main en main dans la rue, de faire des concerts en dehors des clubs… Il s’agit d’affirmer une nouvelle idée en dehors du circuit de l’industrie musicale et de la radio. Et c’est la chose la plus punk qui soit. »

    « Si une musique n’est pas digne de passer sur les ondes d’une radio aux États-Unis, c’est le signe qu’elle est novatrice. »

    Et à l’image du punk, le mouvement se globalise et atteint le reste du monde – notamment via M.I.A. qui collabore avec les Buraka Som Sistema, qui en proposent une version pop – tout en conservant son caractère marginal et sulfureux. « Dans la tête des gens, la afrohouse c’est quelqu’un de la classe moyenne qui s’habille et danse à peu près comme eux. Alors que le kuduro, c’est un punk ! Un type de banlieue qui se pointe dans le club, habillé bizarrement et qui danse comme personne d’autre. Les gens ont peur de lui. C’est du racisme social. » Si le genre musical commence à se faire une place dans les clubs spécialisés et auprès d’un public déjà sensible à l’afrohouse, il est loin de faire l’unanimité. Pedro Coquenão raconte le refus qu’il a essuyé auprès de la très réputée radio NPR aux États-Unis, qui lui avait commandé une émission spéciale kuduro. À l’écoute des chansons que le Lisboète avait préparées, le rédacteur en chef de l’émission a pris peur. Un brin revanchard, mais philosophe, Pedro Coquenão conclut : « Si une musique n’est pas digne de passer sur les ondes d’une radio aux États-Unis, c’est le signe qu’elle est novatrice. »

    Innover, briser les tabous, décoller les étiquettes, sortir du cadre : une posture que Batida promeut depuis 10 ans. « Il faut sans cesse essayer. Essayer de rater. Ou essayer de réussir. » Une vision qui jusqu’à présent a plutôt réussi à ce citoyen du monde qui n’a pas fini de l’arpenter, contre vents et marées, remontant et descendant ce fleuve qui l’a vu grandir, et qui relie les continents et les cultures.

    L’interview complète de Batida est à lire ici, sur le site de Pan African Music.

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