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    MC Solaar : « J’ai abordé cet album comme un chanteur »

    Il était le symbole d’un rap avant-gardiste au début des années 1990. Il est devenu la caution rap d’un public âgé et peu branché hip-hop. Pourquoi ? Comment ? Alors que sort « Géopoétique », rencontre avec celui que l’on appelle Claude MC.

    « Chapitre 7 » était ton dernier album en date. Dix ans après, quel regard portes-tu sur celui-ci ?

    C’est un album pointillé, un projet que je reprends aujourd’hui pour l’amener encore plus loin à travers « Géopoétique ». Les deux albums ont d’ailleurs plein de points communs, notamment du point de vue des thèmes : les théories du complot, l’amour du jazz, le rôle des femmes, le mannequinat, etc. Aujourd’hui, quand je repense à « Chapitre 7 », je pense surtout à Impact avec le diable. Oulala, quel titre ! J’ai toujours eu des morceaux qui m’apportaient plus de satisfaction que d’autres sur un album, et celui-ci me rend très fier. Pour moi, il y a une adéquation parfaite entre la musique et le message du début à la fin, de la première à la dernière phrase.

    Sur « Géopoétique », quels morceaux te rendent aussi fier ?

    Le disque est encore trop récent pour que je puisse m’en détacher, mais je dirais Mephisto Iblis, J.A.Z.Z et Frozen Fire : ils ont tous ce mélange d’action, de message, de charisme que j’aime.

    Tu as bossé dans le studio de Tefa. A-t-il eu un impact sur la production  ?

    Tefa, c’est quelqu’un que je connais depuis très longtemps, bien avant avant qu’il ne fasse de la musique d’ailleurs. Il m’a donc proposé d’enregistrer certains morceaux dans son studio à Paris, mais il n’a pas participé à la production. Cela dit, il m’a donné beaucoup de force et ce n’est pas impossible que l’on travaille ensemble un jour ou l’autre. J’ai aimé l’ambiance qu’il y avait là-bas, notamment le fait de croiser des rappeurs comme Kery James, Vald, Sofiane ou MZ.

    « JP Manove ou Rocé, ce sont des stylistes du verbe. »

    Je sais que tu as eu des mots bienveillants pour des MC comme Sofiane récemment, mais quels rappeurs, selon toi, pourraient s’inscrire dans ton héritage ?

    Il y a des rappeurs que j’apprécie, comme Orelsan ou Nekfeu, mais je pense que des gars comme JP Manova ou Rocé s’inscrivent davantage dans une démarche proche de la mienne. Ce sont des stylistes du verbe, des rappeurs qui ont eu une véritable authenticité et qui n’ont pas peur d’épurer leurs textes pour leur faire gagner en concision.

    C’est une question à laquelle tu as déjà dû répondre, mais on est obligés de te la poser : pourquoi avoir attendu dix ans pour sortir ce nouvel album ?

    Tu sais, quand personne ne prend les devants pour te produire ou ne te sollicite pour travailler avec toi sur de nouveaux morceaux, tu continues simplement de vivre, sans penser une seconde que ça fait tant de temps que tu n’as rien enregistré… Ça ne m’a pas empêché de rencontrer des tas d’artistes et d’aller en découvrir certains en concert. PNL, Niska ou Siboy, par exemple, m’ont impressionné.

    Plus généralement, on se confronte à quelle difficulté quand on se lance dans un nouvel album dix ans après le dernier ?

    Dans le rap, plus qu’ailleurs, les gens se posent vite des questions. Ils pensent que l’on est en panne de créativité ou je ne sais quoi. Moi, la difficulté, ça a simplement été de parvenir à donner vie à mes deux exigences. Sur « Géopoétique », je voulais que l’on ressente l’influence du jazz, mais que certains morceaux aient également un côté gainsbourien. Ça a été les seules consignes données aux musiciens. Ça et le fait d’aborder cet album comme un chanteur, non comme un rappeur.

    Justement, il y a plusieurs hommages à Gainsbourg sur ce disque. Nouveau Western n’était pas un hommage suffisant selon toi ?

    Le truc, c’est que Nouveau Western n’a pas été écrit comme un hommage à Gainsbourg. Pour la petite histoire, c’est simplement Philippe Zdar qui a eu l’idée du sample en écoutant mon texte. J’avais donc envie d’exposer une nouvelle fois ma passion pour ce grand artiste. Voilà pourquoi j’ai composé Super Gainsbarre et deux ou trois autres morceaux où je m’adonne à la littérature gainsbourienne. Le hip-hop étant une musique qui se regarde souvent le nombril, je trouvais ça marrant de le confronter à un artiste à priori loin très éloigné du genre, même si Gainsbourg est très rap dans le thème quand on y pense.

    C’est pour cela que tu places une référence à Swagg Man au milieu du morceau ?

    C’est exactement ça ! C’est une façon pour moi de rappeler que Gainsbourg n’a pas été le seul à brûler des billets à la télé ou sur Internet. Cela dit, je n’aurais jamais fait cette allusion si je n’avais pas aimé Swagg Man. Je l’ai découvert pendant mon repos prolongé et ça a été une grosse découverte. Suicidey, par exemple, est une très belle chanson.

    L’album est très éclaté en terme de style, un peu à la manière de « Cinquième As » ou de « Chapitre 7 ». C’est une volonté chez toi d’explorer plusieurs genres musicaux à chaque album ?

    Oui, ça c’est sûr ! J’essaye de ne jamais m’ennuyer, je ne veux pas faire quatre fois le même morceau, surtout au sein d’un même album. Aussi, j’avoue m’imaginer ce à quoi pourrait ressembler mes morceaux si je les interprétais en mode crooner et avec un costume de jazz dans quelques années. C’est une idée que je garde systématiquement en tête au moment de composer, et c’est sans doute ce qui crée le lien entre mes morceaux.

    « Géopoétique » est également bourré de jeux de mots, notamment sur la chanson-titre où tu dis : « J’y buvais des légendes, on dit qu’en Colombie / Les hiboux deviennent chouettes dès lors qu’ils croisent une colombe bi. » Tu n’as pas peur d’en faire trop parfois ?

    Un jour, j’ai découvert Le jeu des mots de Raymond Queneau, un gros dictionnaire vert qui raconte l’histoire littéraire des jeux de mot, et ça a été une vraie révélation. Depuis, je m’amuse à en faire. Mais j’avoue ne pas avoir l’impression d’en faire trop, d’autant que j’essaye toujours de leur donner un sens. Au final, il ne doit y avoir que 5 ou 8% de jeux de mots dans toute ma discographie.

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